Colloque défense 2020

Colloque défense 2020

« Apprendre la guerre, enseigner les conflits »

(France XXe – XXIe siècles)

mercredi 12 février 2020 à l’amphithéâtre Boucherle
de l’UFR médecine/pharmacie de l’UGA, campus de la Merci à La Tronche (38)

 

Objectifs de la journée :

1715, « J’ai trop aimé la guerre ».

À en croire Voltaire, ce sont là les fortes paroles que, depuis sur son lit de mort, Louis XIV – lui qui faisait inscrire sur le fût de ses canons la martiale devise ultima ratio regum, « dernier argument des rois » –, aurait dites au futur Louis XV.

Longtemps considérée comme un rapport légitime au monde, la guerre semble être la constante des organisations humaines, une sorte d’invariant social. Partout et depuis toujours, États et souverains, spécialistes et généraux, soldats et combattants, ingénieurs et scientifiques, civils et militaires cherchent à en améliorer la pratique, dans une éternelle et meurtrière course aux armements.

Dilaté sur une longue période, ce mouvement, que l’historien Geoffrey Parker nomme la « révolution militaire », obsède nos sociétés. Depuis toujours, Sun Tzu, Machiavel, Napoléon et tant d’autres ont tenté d’apporter les réponses les plus efficaces à la question que pose en des termes particulièrement forts le philosophe Yves-Jean Harder dans sa préface au livre de Roger Caillois (Bellone ou la Pente de la guerre) : « Qu’est-ce que la guerre ?  Que savons-nous de la guerre ? Tout le monde sait quelque chose de la guerre mais quelle est l’expérience qui permet d’en parler ? ». Pour l’auteur, c’est simple : « la guerre apparaît comme la finalité suprême des sociétés modernes ».

Nul doute, la guerre est une discipline qui s’apprend, au sein d’institutions spécialisées dédiées à cette tâche, de plus en plus professionnalisée, rationalisée. En France, depuis les académies royales jusqu’à la contemporaine École de guerre, ses buts et finalités (stratégies), ses techniques (tactiques, armement, commandement des personnels), ses évolutions (c’est-à-dire son histoire), ses mécanismes politiques et économiques (de lourds enjeux…) constituent des champs de savoirs que doivent maîtriser celles et ceux qui se destinent au « métier des armes ».

Nul doute, les conflits et leurs conséquences composent une des principales matières de l’enseignement de l’histoire, de l’école primaire, du collège, du lycée jusqu’aux programmes universitaires, se déployant actuellement et dont se saisissent les professionnels de la transmission que sont les professeurs : la guerre est bien ce « fait social total » (Marcel Mauss) qui se situe au cœur des leçons que dispense l’État à ses citoyens par l’intermédiaire de l’Éducation nationale.

C’est cette double thématique de l’apprentissage/enseignement de la guerre que cette journée d’étude propose de questionner de manière critique, la parole universitaire se mêlant au discours militaire dans une démarche volontairement croisée. Son ambition est claire, qui revient à interroger au fond l’identité et les manières de ce que l’écrivain Alexis Jenni nomme L’art français de la guerre. 

 

Introduction du colloque :
De la défense nationale à la défense et à la sécurité nationales
 
Tristan Lecoq Inspecteur général (histoire – géographie), professeur des universités associé (histoire militaire et maritime contemporaine) Sorbonne Université
 
 
Conférence introductive :
Transformations de la guerre, transformations de la démocratie dans la France du 20e et du 21e siècles
 
Nicolas Roussellier, Ancien élève de l’ENS de Saint-Cloud, il est agrégé d’histoire, docteur en histoire et habilité à diriger des recherches. Actuellement maître de conférence à l’Institut d’Etudes politiques de Paris.
 
La guerre sous sa forme moderne ‑ guerre de masse, guerre totale puis aujourd’hui engagements militaires quasi ininterrompus (les « OPEX ») ‑ a profondément marqué l’évolution de la France au 20e siècle. Elle continue de le faire sous des modalités nouvelles dans notre début de 21e siècle.
De son côté, le régime démocratique a lui aussi subi de profondes transformations. Il a longtemps été centré sur le modèle de la « République du Parlement », pendant la Troisième puis la Quatrième République, avant de s’identifier, à partir de 1958, à la « République du Président ». Entre ces deux modèles de république, le pouvoir exécutif a fait plus que se renforcer : il a changé de nature.
Au 19e et au 20e siècle, les guerres ont pu impacter directement les régimes politiques français. Les événements qui illustrent un tel impact sont connus : la guerre de 1870 et la naissance de la Troisième République, la défaite de 1940 qui entraîne l’écroulement de la Troisième République et l’avènement de la dictature de Vichy, les impasses militaires en Indochine puis en Algérie qui alimentent la crise de la Quatrième République et finalement le retour du général de Gaulle en 1958. Les liens entre le domaine de la politique et le domaine militaire sont donc évidents. Mais il faut aller au-delà de ces aspects événementiels : il faut tenter d’étudier l’évolution en profondeur de la relation entre fait militaire et fait démocratique. Car entre pouvoir civil et pouvoir militaire, les choses ne sont jamais simples : il y a toujours une mise en tension entre les deux sphères. Cette mise en tension sera le thème et le fil directeur de notre conférence. Si la République proclame comme idéal la supériorité du civil sur le militaire, la dynamique historique qui s’ouvre à partir de 1880 et qui dure jusqu’à nos jours, est bien différente.
 
 
« Apprendre la guerre... »
 
Les acteurs de la table ronde :
 
Général de brigade Pierre-Joseph Givre, Commandant de la 27e Brigade d’infanterie de montage
 
Joseph Henrotin, politologue spécialisé dans les questions de défense, chargé de recherches au CAPRI (Centre d'Analyse et de Prévision des Risques Internationaux) et à l'ISC (Institut de Stratégie Comparée), rédacteur en chef du magazine DSI (Défense et Sécurité Internationale)
 
Modératrice : Delphine Deschaux-Dutard, maître de conférences en sciences politiques à l’université Grenoble-Alpes.
 
Général de brigade Pierre-Joseph Givre, Commandant de la 27e Brigade d’infanterie de montage
 
 
Joseph Henrotin
L’apprentissage de la guerre n’a rien d’évident pour un civil n’ayant pas eu à effectuer de service militaire. Par contre, un apprentissage pertinent – c’est-à-dire qui vaille quelque chose pour mes confrères/consoeurs travaillant sur les questions stratégiques, mes lecteurs, mes stagiaires militaires et mes étudiants - reste envisageable sous certaines conditions. En l’occurrence, ma propre histoire et mes pratiques, pour non anticipées/planifiées qu’elles aient été, m’ont amené à confirmer empiriquement la validité de ces conditions. La première est, quel que soit le cadre d’expression, de respecter les fondamentaux de la méthode scientifique appliquée aux sciences humaines. La deuxième est la multidisciplinarité ; y compris celle incluant des aspects historiquement peu traités en France, comme la stratégie comparée. La troisième est de conserver en permanence le souci de la vulgarisation comprise comme une antithèse de la simplification, y compris d’ailleurs dans le milieu militaire. La quatrième est que, quel que soit le cadre d’expression – et en particulier dans un cadre qui m’amène à également faire de l’expertise – le souci soit de « comprendre le monde pour le changer », ce qui a pour conséquence logique des implications éthiques - ne pas (se) mentir - comme praxéologiques. Le but de ces 25 minutes est d’en faire la démonstration. 
 
 
« … enseigner les conflits »
 
Les acteurs de la table ronde :
 
Tristan Lecoq, Inspecteur général (histoire – géographie), professeur des universités associé (histoire militaire et maritime contemporaine) Sorbonne Université
 
Lieutenant Camille Trotoux, officier de l’armée de l’Air, Enseignant-chercheur au sein du Centre de Recherche de l’École de l’air, ses enseignements à l’École de l’air sont principalement consacrés à la politique de défense française, elle est doctorante en sciences politiques.
 
Modératrice : Rosène Charpine, présidente de l’association régionale Dauphiné-Savoie des auditeurs de l’Institut des hautes études de défense nationale (IHEDN).
 
Tristan Lecoq, IGÉSR
« Enseigner l’histoire de la guerre, enseigner la guerre dans l’histoire, enseigner la guerre au présent », Dans Revue Défense Nationale 2020/3 (N° 828), pages 33 à 43
 
 
Lieutenant Camille Trotoux
 « Enseigner les conflits » dans le contexte d’une école de formation d’officiers consisterait à rechercher un juste équilibre entre théorie, pratique(s) et partage d’expérience. Le conflit y apparaît comme un objet mis en contexte mais qui n’est paradoxalement pas étudié directement. Il s’agirait donc, pour l’enseignant, de transférer des compétences aux « élèves officiers » afin qu’ils soient en mesure de manager la violence. Lorsque ce même enseignant, également chercheur, est dit « embarqué » il se voit octroyer par l’auditoire des capitaux culturel et symbolique supérieurs qui feraient de lui un acteur plus apte à enseigner les conflits. »
 
 
Conclusion du colloque
 
Nicolas Roussellier
 
 

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